Publicité des avocats et LLCA : ce qui est permis en Suisse

Déontologie · Suisse romande

Publicité des avocats : ce que permet vraiment la LLCA

6 min de lecture Mis à jour le 19.06.2026 Lumee Legal

À retenir

  • La LLCA (art. 12 let. d) autorise la publicité objective et véridique.
  • Site, articles, réseaux professionnels et annuaires sont permis.
  • Sont interdits : promesses de résultat, comparaisons déloyales, formulations tapageuses.
  • Le secret professionnel encadre les témoignages et avis clients.
  • Chaque ordre cantonal peut préciser le cadre : en cas de doute, il fait référence.

Beaucoup d’avocats hésitent à se rendre visibles en ligne, par crainte d’enfreindre leur déontologie. La loi est pourtant claire : l’article 12 de la LLCA autorise la publicité, à condition qu’elle reste objective et véridique. Une étude peut donc parfaitement avoir un site, publier des articles et être présente sur les réseaux. Voici précisément ce qui est permis, ce qui est interdit, et comment rester dans le cadre.

Ce que dit la LLCA

La loi fédérale sur la libre circulation des avocats encadre la profession dans toute la Suisse. Son article 12, lettre d, impose à l’avocat de ne faire que de la publicité « objective et répondant à l’intérêt général ». Le mot important est « objective » : la loi ne vous interdit pas de communiquer, elle vous demande de le faire avec mesure et exactitude.

Cette formulation, longtemps interprétée de façon restrictive, est aujourd’hui comprise plus largement. La présence en ligne d’un avocat est devenue normale et attendue par le public. Avoir un site et communiquer sur son activité est non seulement permis, mais souvent indispensable.

Ce qui est permis

Vous pouvez présenter votre parcours, vos formations, vos domaines d’intervention, votre équipe et vos coordonnées. Vous pouvez publier des articles d’information juridique générale, expliquer une procédure, commenter une évolution législative. Vous pouvez être présent sur les annuaires professionnels et sur les réseaux à vocation professionnelle.

Vous pouvez aussi travailler votre référencement pour être trouvé sur Google, et recueillir des avis de clients, à condition de respecter la confidentialité. Rien de tout cela ne contrevient à la LLCA, dès lors que le ton reste factuel et digne de la profession.

Ce qui est interdit

La ligne rouge se situe dans l’exagération et la tromperie. Sont à proscrire : les promesses de résultat (« divorce gagné garanti »), les comparaisons déloyales avec des confrères, les formulations tapageuses ou racoleuses, les affirmations invérifiables, et tout ce qui porterait atteinte à la dignité de la profession.

Le superlatif gratuit est également déconseillé : se présenter comme « le meilleur avocat de Genève » n’est ni objectif ni vérifiable. La sobriété n’est pas une contrainte esthétique, c’est une exigence déontologique qui, en prime, inspire davantage confiance.

Avis et témoignages clients

Les avis en ligne sont autorisés, mais encadrés par le secret professionnel. Vous ne pouvez ni révéler l’identité d’un client, ni détailler une affaire. La solution consiste à solliciter discrètement l’avis et à laisser le client s’exprimer librement, sans que vous ne confirmiez publiquement la relation ni n’évoquiez le dossier.

Pour répondre à un avis, restez neutre et courtois, sans jamais entrer dans les détails. Un simple remerciement convient. Face à un avis négatif, la même réserve s’impose : ne jamais se justifier publiquement sur le fond.

Réseaux sociaux et déontologie

Les réseaux professionnels, LinkedIn en tête, sont parfaitement compatibles avec la LLCA. Partager une analyse, une actualité juridique ou un article de votre blog renforce votre visibilité et votre crédibilité. La même règle s’applique : information objective, ton mesuré, respect de la confidentialité.

Évitez en revanche de commenter des affaires en cours dont vous vous occupez, et soyez prudent avec les contenus qui pourraient être perçus comme du démarchage agressif ou de la mise en scène personnelle excessive.

Le rôle des ordres cantonaux

La LLCA pose le cadre fédéral, mais chaque ordre cantonal peut le préciser et veille à son respect. En cas de doute sur une formulation ou une initiative de communication, votre ordre reste l’interlocuteur de référence. Mieux vaut une question en amont qu’une difficulté ensuite.

En pratique pour votre étude

Un site bien conçu respecte ces limites par construction. Il informe sans survendre, met en valeur votre expertise sans la travestir, et reste sobre dans la forme comme dans le fond. C’est précisément cette retenue qui, dans le droit, fait la différence : elle rassure une clientèle qui attend sérieux et discrétion. La déontologie n’est donc pas un frein à la visibilité, mais un cadre qui, bien compris, valorise votre image.

Le démarchage, la limite à ne pas franchir

Il existe une différence essentielle entre se rendre visible et démarcher. Avoir un site, publier des articles ou être présent sur un annuaire relève de la communication permise : c’est le client qui vient à vous. Le démarchage, lui, consiste à solliciter directement une personne déterminée pour lui proposer ses services, souvent dans un moment de vulnérabilité. Cette approche reste très encadrée, voire proscrite selon les circonstances.

La frontière tient à l’initiative. Mettre une information à disposition de qui la cherche est légitime. Contacter une personne identifiée pour lui vendre une prestation, surtout à la suite d’un événement comme un accident, sort du cadre déontologique. Une présence en ligne bien pensée joue toujours sur le premier registre : être trouvé, jamais s’imposer.

Questions fréquentes

Oui. La LLCA autorise la publicité objective, ce qui inclut un site présentant votre parcours, vos domaines et vos coordonnées. C’est aujourd’hui une pratique courante et attendue.

Oui, à condition de respecter le secret professionnel : pas d’identification de client ni de détail sur les affaires, et aucune contrepartie en échange d’un avis.

Non. Les comparaisons déloyales avec des confrères et les promesses de résultat sont contraires à la LLCA. La communication doit rester objective et vérifiable.

Oui. Partager des analyses et des informations juridiques sur un réseau professionnel est permis, tant que le ton reste mesuré et la confidentialité respectée.

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